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Forough Farrokhzad
© D.R.
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Forough Farrokhzad est née le 5 janvier 1934 à Téhéran dans une famille de militaires. Elle interrompt ses études rapidement : elle est marié à 16 ans et suit son époux dans le sud de l’Iran (ils se séparent en 1954). Elle s’initie à la peinture à ses côtés et commence à écrire. Son premier recueil de poésie, Le Captif, est publié en 1955 ; il est suivi en 1956 par Le Mur et en 1958 par La Rébellion. Dans ces recueils, sa poésie reste très imprégnée des modèles traditionnels, mêmes si elle y aborde des problèmes liés à la féminité et à la sexualité (sujets tabous dans l’Iran de l’époque).

La rencontre en 1958 avec Ebrahim Golestan, écrivain et cinéaste, l’amène vers le cinéma. Elle poursuit des études cinématographiques en Angleterre en 1959 et 1960. En 1962, elle réalise un film documentaire sur la vie dans les léproseries du nord de l’Iran, La maison est noire, qui est primé au Festival d’Oberhausen en 1963. Elle joue la même année dans une pièce de Pirandello, Six personnages en quête d’auteur, et publie son recueil Une autre naissance, où s’exprime une voix personnelle, en écho avec les mutations de la société.

Elle décède dans un accident de voiture le 14 février 1967. Son dernier recueil, Ayons foi dans le commencement de la saison froide, est publié après sa mort. Elle est considérée comme une des grandes voix de la poésie iranienne contemporaine.

(Source : Farideh Favriaud - Poezibao)

""Noire, brusque, brûlante. Ces mots vagues font d’elle un portrait si précis que tu la reconnaîtras entre mille.” Le 13 février à 16h30, Forough Farrokhzad est morte dans un accident d’auto à Téhéran. C’était un des plus grands poètes persans contemporains, c’était aussi une cinéaste. Elle avait réalisé La maison est noire, un court métrage sur les lépreux, Grand Prix à Oberhausen, et à part cela pratiquement inconnu en Europe, et qui est un chef-d’œuvre. Elle avait 33 ans. Elle était faite à parts égales de magie et d’énergie, c’était la reine de Saba décrite par Stendhal. C’était surtout le courage. Elle ne se cherchait ni alibis, ni cautions, elle connaissait l’horreur du monde aussi bien que les professionnels du désespoir, elle ressentait la nécessité de la lutte aussi bien que les professionnels de la justice mais elle n’avait pas trahi son chant profond.
Pour son premier film, elle était allée droit au plus irregardable : la lèpre, les lépreux. Et s’il fallait un regard de femme, s’il faut toujours un regard de femme pour établir la juste distance avec la souffrance et la laideur, sans complaisance et sans apitoiement, son regard à elle transformait encore son sujet, et en contournant l’abominable piège du symbole parvenait à lier, par surcroît de vérité, cette lèpre à toutes les lèpres du monde. Si bien que La maison est noire est aussi la Terre sans pain de l’Iran, et que le jour où les distributeurs français admettront qu’on peut être persane, on s’apercevra que Forough Farrokhzad avait donné plus en un seul film que des tas de gens au nom plus facile à retenir.
Elle écrivait : “La terre enserre mon corps froid. Sans toi, loin des émois de ton cœur, mon cœur se décompose sous la terre. L’eau de pluie, les rafales, plus tard, doucettement, laveront mon corps sous la terre. Mon tombeau sera celui de l’inconnu libéré des louanges, délivré des méprises.
Pardon pour les louanges, Forough. Délivrée des méprises, c’est à voir. Mais pour ce qui est de rester inconnue, je ne crois pas que tu y arriveras."

(Chris Marker, Cinéma 67, 1967)