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Andrea Tonacci
© Juliana Vasconcelos
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Né en Italie en 1944, Tonacci émigre au Brésil avec sa famille à l’âge de 9 ans. Étudiant en ingénierie et en architecture, il fait ses débuts au cinéma en 1966 au diapason de l’esthétique et des préoccupations caractéristiques de ce que l’on a appelé le Cinéma Marginal brésilien. Cette étape est marquée par Olho por olho, son premier court métrage, puis par le court Blablabla et le long Bang bang, dont les titres en forme d’onomatopées caustiques annoncent déjà le dynamitage par l’absurde et la satire de la tyrannie que les discours filmiques exercent sur la réalité.

Dans ses premiers films, Tonacci témoigne d’une inquiétude devant l’absurdité de son époque et de notre civilisation à travers l’observation de la relation déshumanisante entre l’homme et la machine. Les décennies suivantes marquent son engagement et son intérêt nouveaux pour l’observation du réel et de ses énigmes. Il se tourne alors vers le documentaire, d’abord avec Jouez encore payez encore (1974-1975). Puis, sa relation longue et suivie avec les peuples indigènes lui inspire Conversas no Maranhão (1977-1983), Os Arara (1981-1982), Struggle to Be Heard: Voices of Indigenous Activists (1979-1980) et Serras da desordem (2006), son film le plus ambitieux.

La rencontre avec les peuples indigènes est en premier lieu motivée par la quête d’un regard qui ne serait pas contaminé par notre culture occidentale avec ses symptômes, ses maladies et son cynisme. Elle devient ensuite un long apprentissage, tout d’abord existentiel – l’apprentissage d’une autre humanité –, puis cinématographique pour trouver la juste distance avec ce qui, dans l’autre, ne pourra jamais être réduit aux catégories imposées par notre regard occidental. En filmant les Canela dans Conversas no Maranhão, et surtout les Arara, dont il tente de capturer dans son film éponyme le premier contact avec l’homme blanc, Tonacci comprend que toute approche sera aussi un geste de domination et qu’il ne peut s’extraire naïvement de cette ambiguïté, ni échapper à cer- tains compromis. Cette impasse peut expliquer ses vingt ans de silence, entre Os Arara et Serras da desordem, œuvre hybride entre documentaire et fiction rejouant l’histoire tragique de Carapiru, indigène Awá qui erra sur les routes du Brésil pendant dix ans après le massacre de sa communauté par des agriculteurs en 1978. […]

Composées également de photos de famille, de petites notes et de projets inachevés, certaines de ces archives nourrissaient déjà son dernier film, Já visto jamais visto. D’une sincérité confondante, cette œuvre est sa plus personnelle. Témoignage d’une vie de cinéma, mais pas seulement, ce film-testament réaffirme la conviction qui a animé Tonacci tout au long de son existence : la conscience de l’énigme qui demeure en nous et en l’autre, et le respect que nous lui devons.[…]

(Source : Cinéma du réel)

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