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"L'amnésie décrétée officiellement en Algérie n'a pas empêché la commémoration silencieuse"

Merzak Allouache sur France Culture


À l'occasion de la sortie en salles de son film Enquête au paradis, France Culture recevait Merzak Allouache dans l'émission Par les temps qui courent.

La religion est un commerce comme les autres, il faut s'aligner sur les tarifs et la marchandise, quitte à laisser tout aspect spirituel de côté. La mondialisation économique et imaginaire ne s'arrête à aucune frontière, et donc pas à celle de l'Algérie, n'en déplaise à ceux qui voudraient contrôler les sous-sols des cybercafés.
De quoi parle-t-on ? De beaucoup de choses en fait, et qu'il va falloir distinguer. Des prêches décrivant par le menu un paradis au 72 vierges excluant les femmes et dévaluant la vie terrestre, qui circulent à vitesse grand V sur le web, d'une école qui pêche par trop d'idéologie, d'une situation socio-économique qui n'ouvre que peu d'horizons pour les jeunes, de la puissance de frappe médiatique de certaines forces, de la corde sensible nationaliste, d’un renouveau politique par le féminisme, etc. Voilà tout ce que brasse le personnage du film, Nejma, qui mène une enquête au Paradis, autrement dit dans l’Algérie contemporaine filmée en noir et blanc. 

Faire du documentaire m'a toujours fait peur, je suis un cinéaste de fiction. Avec ces interviews, nous avons constitué un récit de base, mais pour le film, celle qui jouait la journaliste, Nedjma, était libre de poser ses questions.

J'ai vécu la décennie noire, dans les années 90. Avant, quand on parlait des terroristes algériens, c'était ceux qui venaient d'Afghanistan ; aujourd'hui, c'est ceux qui reviennent de Daech. Depuis le début des années 2000, on ne parle pas de ce qui s'est passé. On a occulté les assassinats, les traumatismes...

Cette violence qui existe dans ce discours de prédicateur n'est pas nouvelle. On avait laissé les mosquées devenir des lieux de propagande ; hauts parleurs à fond, discours politiques teintés de religion... Aujourd'hui, on assiste à la même situation.

J'ai rencontré des féministes algériennes qui racontent leur désarroi, le recul du féminisme. Il y a des gens qui résistent, mais ils demeurent minoritaires. On essaie d'exprimer des choses, mais on prêche presque dans le désert. J'essaie de dire "n'oubliez pas ce qui est arrivé".


Écouter l'émission en podcast sur le site de France Culture
+ Lire "La bataille de la culture", la critique du film "Enquête au Paradis" de Merzak Allouache, par François-Xavier Destors