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Regard
img © La Cinémathèque française, photo Jérôme Plon

Décès de André S. Labarthe


Né le 18 décembre 1931, André S. Labarthe débute sa carrière cinématographique au cours des années 50, après des études de philosophie. En 1956, André Bazin, séduit par son regard critique, lui propose de rejoindre la rédaction des Cahiers du cinéma.
Ses prises de position sur le septième art, le cinéma émergent ou encore la Nouvelle Vague, influencent la revue : "Aux Cahiers du cinéma, nous étions quelques-uns à penser que le cinéma n’a justement rien d’un art, et que c’est précisément là qu’est sa force", assurait-il ainsi lors d'un entretien avec Nicolas Marcadé.

En mai 2011, André S. Labarthe était venu se raconter au micro de Laure Adler dans l'émission Hors-Champs sur France Culture.

"Il y a une cloison qui a sauté entre la philosophie et la critique. Aux Cahiers du cinéma, c'est ce qui m'a intéressé ; la pensée de Bazin faisait sauter ces verrous là aussi. Ensuite, tout ce qui est arrivé dans la pensée, en matière de sciences humaines, ce qu'on a découvert dans les années 50 et au début des années 60, a été reçu par les Cahiers du Cinéma. C'est d'ailleurs autour de ça qu'il y a eu une scission. Mais c'est ça qui a fait aussi qu'à la longue, si au début j'aimais les films, maintenant je préfère le cinéma au film. La machine cinématographique elle-même m'intéresse beaucoup."

En 1964, André S. Labarthe passe à la réalisation avec Janine Bazin, en créant la collection Cinéastes de notre temps pour l'ORTF. Cette série, qui va perdurer jusqu'en 1972, propose notamment une galerie de portraits de 52 minutes, où il continue de développer sa vision critique du cinéma. De 1982 à 1987, il collabore à l'émission Cinéma, Cinémas sur Antenne 2.

En parallèle de sa carrière de réalisateur, André S. Labarthe effectue de courtes apparitions dans quelques films, comme dans À Bout de Souffle de Jean-Luc Godard, où il interprète un journaliste, ou encore dans L'Amour Fou de Jacques Rivette, où il incarne cette fois un réalisateur.

En 1988, après vingt ans d'absence, André S. Labarthe poursuit sa galerie de portraits de cinéastes, nommée cette fois Cinéma, de notre temps sur Arte : il restaure alors d'anciens épisodes et en produit de nouveaux, toujours axés sur le cinéma contemporain. Ces deux collections représentent, pour les amoureux du septième art, une véritable mine d'or : les portraits réalisés par Labarthe permettent de découvrir Cassavetes se roulant par terre pour mimer les mouvements de sa caméra, Scorsese mangeant des pâtes chez ses parents, Tarkovski filmé par Chris Marker sur le tournage du Sacrifice ou encore un long dialogue entre Lang et Godard.

En avril 2011, le réalisateur était venu se confier au micro de l'émission La Grande Table sur France Culture (2e partie de l'émission à partir de la 49e minute du podcast), où il racontait la genèse de cette aventure : 

"Dans les années 64-65, j'étais absolument inconscient de ce que signifiait la série que j'étais en train de promouvoir avec Jeanine Bazin. Je pensais qu'on était en train de fabriquer une histoire du cinéma comme on fabrique un puzzle, dans le désordre. On mettait des pièces, et quand on pouvait rencontrer Abel Gance, c'était une pièce importante. Et puis il y avait des pièces manquantes qu'on fabriquait quand même, c'était les cinéastes morts, comme Vigo. Et après j'ai complètement changé d'idée : je pense qu'il n'y a pas d'histoire du cinéma et qu'il ne peut pas y en avoir. Pour moi un film de 1914, Naissance d'une nation, est contemporain d'un film d'aujourd'hui."


+ Podcast de l'émission Hors-Champs du 10 mai 2011
+ Podcast de l'émission La Grande Table du 26 avril 2011
        (2e partie de l'émission à partir de la 49e minute du podcast)
+ L'hommage de France Culture à André S. Labarthe
+ Lire l'hommage à André S. Labarthe sur le site de la Cinémathèque française
+ Lire l'article de Marcos Uzal sur le site de Libération