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Regard
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Baatou Africa

Du 7 au 10 juin 2018 - Paris


Cinewax et le Reflet Medicis présentent Baatou Africa, le festival des documentaires africains.

Ce nouveau rendez-vous se veut un espace d’échanges où se libèrent les voix (baat en wolof), celles des filmeurs, des filmés et des spectateurs, où la multitude des regards d’Afrique, sur l’Afrique et de la diaspora se rencontrent et aiguisent notre réflexion.

Au fil de nos visionnages et recherches, deux thèmes revenaient sans cesse, celui de la jeunesse africaine, qui s’empare de la caméra pour filmer sa volonté de se battre, de protester, d’apprendre, de vivre. Le second thème est celui, inévitable, intemporel et si malheureusement brûlant d’actualité, de l’exil, et la question de l’identité qui l’accompagne. Nous avons choisi des films qui traitent via des formes diverses de ces thèmes qui se croisent et se répondent sans cesse, mais ces films sont avant tout de grands films de cinéma que nous sommes heureuses de faire découvrir.


Jeunesse, entre révolte et débrouille

Gagner beaucoup d’argent, c’est le souhait de Rolex le Portugais et de sa bande dans Vivre Riche de Joël Akafou. Revenu du Burkina Faso où il a "tenté l’aventure", il est rentré à Abidjan avec ses illusions et pratique le "broutage", l’arnaque d’Européennes en manque d’amour. Nous les suivons dans leur quotidien déchirés entre l’argent facilement dérobé, encaissant à leur manière la dette coloniale impayée et le désir parental de les voir retrouver le droit chemin.

Lydie aussi (Les Silences de Lydie de Aïssata Ouarma), se fait rebelle face à l’autorité maternelle, malgré un besoin de réconciliation avec elle et la recherche douloureuse d’une harmonie. La présence de la caméra, celle assumée et bienveillante de la réalisatrice, parviendra-t-elle à la mener vers un certain apaisement ? Le cinéma documentaire démontre ici une certaine capacité d’intervention et d’évolution dans la vie du filmé.

Les Ouaga Girls croquées par Theresa Traore Dahlberg suivent une formation inattendue : mécaniciennes. Ce film de groupes, où les personnalités de Bintou, Chantale, Dina et des autres se dessinent au fil de leurs fous rires et de leurs confidences, montre une jeunesse burkinabée qui se bat joyeusement pour s’emparer de son destin et déjouer les préjugés misogynes.

Dieudo Hamadi, opérateur déjà de Vivre Riche, filme caméra au poing dans Kinshasa Makambo trois jeunes hommes opposants au président Kabila qui ne veut pas abandonner le pouvoir, dans la capitale de la RDC. Trois jeunes hommes en colère, des guerriers qui se débrouillent pour lutter face à une police armée, inventant défenses et stratégies d’attaque de pacotille. Dieudo Hamadi dresse un portrait d’une jeunesse congolaise tenace, courageuse, rêvant d’un avenir meilleur pour leur pays, dont la voix étouffée, broyée trouve en ce film un espace d’expression. Face à une voix officielle prédominante, il capte ces traces, crée une mémoire collective autre, se fait passeur de ces voix.


Les mille voix de l'exil

La fuite vers un ailleurs inconnu et fantasmé dessine parfois le seul horizon pour cette jeunesse.

Il y a ceux qui veulent suivre la voie de l’exil peu importe s’il faut pour cela défier la mer, comme Serigne dans Atlantiques, l’hommage poétique et politique de Mati Diop. Ou comme Abou Bakar Sidibé et ses compagnons dans Les Sauteurs, qui risquent leur vie à chaque assaut d’une frontière de plus en plus hermétique. Abou apprivoise petit à petit la caméra confiée par Estephan Wagner et Moritz Siebert. Celui qui devait être objet filmique devient filmeur, sujet et créateur à part entière. La caméra passe de mains en mains et trouve une véritable place au sein du groupe où s’insinue inévitablement le cinéma.

Une fois les frontières traversées, l’exil sème ses désillusions. Fabien Fischer et Djamila Daddi-Addoun recueillent la parole de Gladeema qui raconte, sobrement, sa fuite du Soudan, sa vie d’immigré en France, la difficulté d’y trouver une place, étreint par la nostalgie du pays quitté.

L’exil laisse une trace qui imprègne les générations suivantes : comment construire son identité alors qu’une langue perdue chante encore en soi ? Comment vivre au sein d’un pays hostile bien qu’officiellement sien ? Comment s’émanciper dans cet espace laissé aux immigrés, la banlieue ? Soufiane Adel dans Go Forth, cherche des réponses à ces questions dans le doux portrait de sa grand mère algérienne et dans les méandres des tours de Champigny-sur-Marne.

Cette volonté de définir son identité face à cet héritage, nous la retrouvons aussi dans Méduse, cheveux afro et autres mythes (de Johanna Makabi et Adèle Albrespy) où des jeunes femmes cherchent à s’émanciper de deux formes de domination, blanche et masculine, en libérant leurs cheveux, qui incarnent alors un véritable symbole.

La jeune Parisienne Koumba dans La Mort du Dieu Serpent va se retrouver brutalement confrontée à ces mêmes questions lorsqu’à 20 ans elle est renvoyée au Sénégal après une altercation. Elle y est née, mais arrivée en France à l’âge de 2 ans, elle s’y sent étrangère. Damien Froidevaux la suit dans cet exil renversé et dans son combat pour rentrer chez elle. Koumba s’impose comme un personnage fort, insoumise face à la caméra tout en s’appropriant petit à petit le film, tissant un lien étroit avec le réalisateur, faisant éclater les frontières et mettant à nu le dispositif.

Heureusement l’exil n’est pas toujours contraint. Ainsi dans L'Africain qui voulait voler de Samantha Biffot, le Gabonais Luc Bendza, épris d’arts martiaux depuis l’enfance décide très vite de s’installer en Chine, d’en faire son pays d’adoption où il deviendra le premier maître africain de Kung-Fu. Si Luc Bendza se sent chez lui en Chine, il n’a jamais pour autant abandonné le sentiment d’être gabonais. Choisi ou non, l’exil semble poser la même question complexe de l’identité face à des cultures multiples.

Marie-France Aubert et Clairemma Blot, programmatrices de Baatou Africa



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