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Regard
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Seytou Africa - Festival de documentaires africains

Du 6 au 9 juin 2019 - Paris


"En fait, ce que j’aime par-dessus tout dans le documentaire, c’est la rencontre." *
Samba Félix Ndiaye

Le festival Seytou Africa vise à mettre en lumière des documentaires africains. Seytou Africa en wolof signifie "regards d'Afrique", regard au sens de l'œil mais aussi de la pensée qui en découle.

Ce festival cherche à croiser les regards des filmeurs, des filmés et des spectateurs afin d'aiguiser notre réflexion, de permettre des rencontres et des échanges où la pensée circule. Regards qui se croisent à travers le temps grâce à une programmation composée à la fois de films réalisés par des jeunes cinéastes émergents mais aussi de films de patrimoine.

Le festival se veut un lieu de rendez-vous festif et convivial proposant projections, débats avec des professionnels, concerts et cocktails.

Cette année, nous avons décidé de rendre hommage à Samba Félix Ndiaye, grand cinéaste sénégalais né en 1945 et disparu en 2009, étoile sous laquelle nous avons placé cet édito. Tout au long de sa vie, il s’est consacré uniquement au champ du documentaire, cultivant un regard singulier, une présence au monde éthique, collective et portée par l’écoute, apportant une véritable rupture, une modernité de ton, un renouvellement formel. Nous avons choisi de programmer trois courts métrages (Diplomate à la tomate, Les Malles et Aqua) de sa série Trésors des poubelles (1989), Dakar-Bamako (1992) et son premier long métrage réalisé à cinquante ans, NGor, l'esprit des lieux (1994).

Les quatre premiers témoignent d’un réel social et politique, se positionnant contre l’héritage colonialiste et capitaliste, dans une volonté de résistance qui ne s’essoufflera jamais chez le cinéaste. NGor, l'esprit des lieux fait partie d’un temps de sa carrière plus introspectif, où le cinéaste affirme sa présence, parle à la première personne, revenant ici sur les traces de son enfance, continuant d’interroger le Monde mais de manière plus intime.

Que ce soit face à des artisans, des voyageurs ou les villageois de Ngor, Samba Félix Ndiaye porte un regard "à hauteur d’hommes" sur les filmés. Ils participent au processus de création, tout comme les spectateurs à qui le cinéaste laisse une place importante, par son silence (chaque mot du commentaire se fait précis et rare). L’espace qu’il laisse à l’énigme invite le spectateur dans sa réflexion critique, l’entraînant avec lui dans une contemplation et une écoute actives. De véritables rencontres ont alors lieu, entre filmeur, filmés et spectateurs.

Samba Félix Ndiaye a passé les dernières années de sa vie à former des jeunes au documentaire. Et ce n’est peut-être pas sans hasard que l’on retrouve aujourd’hui son esprit précurseur et visionnaire dans les films contemporains programmés à ses côtés. Ils lui font écho par leur regard porté sur le travail, ses gestes mais aussi par une même résistance, une même volonté de se démarquer de la mainmise occidentale, de se libérer du joug capitaliste.

Les inventeurs d’un artisanat basé sur la récupération de Trésors des poubelles, répondent aux artisans malgaches d’Ady Gasy de Nantenaina Lova ou aux tisseurs burkinabés se rassemblant en coopérative suite à la fermeture de leur usine dans La Sirène de Faso Fani réalisé par Michel K. Zongo.

Le film d’ouverture, en présence de la réalisatrice Rosine Mbakam, Chez jolie coiffure nous fait découvrir la personnalité haute en couleur de Sabine, camerounaise passée par un périple migratoire douloureux avant de gérer son salon de coiffure en Belgique. La présence de la réalisatrice s’harmonise avec les mouvements du salon, elle s’attarde sur les gestes des coiffeuses, elle prend le temps de recueillir la parole de Sabine, elle-même à l’écoute des confidences des uns et des autres et distribuant généreusement conseils et blagues.

C’est aussi une rencontre avec un véritable personnage que nous permet Nofinofy réalisé par Mickaël Andrianaly, primé au festival Cinéma du réel, projeté pour notre soirée de clôture. Nous suivons Roméo, lui aussi coiffeur, dans son combat, ballotté de lieux en lieux lorsque la municipalité décide de démolir son salon. Il se penche sur les têtes mais tend aussi l’oreille. Le salon de coiffure semble être encore une fois le lieu propice au documentaire, captant des multiples paroles, épanchements, témoignages, débats, bribes radiophoniques.

Cette résistance dont on parlait plus haut nous la retrouvons chez chacun de ces jeunes réalisateurs, mais c’est une autre forme de lutte qui surgit dans notre programmation : la pratique sportive. La lutte a une place importante dans certains pays d’Afrique comme dans les films. Le cinéaste nigérien Moustapha Alassane (1942-2015), figure de proue des cinémas d’Afrique et premier cinéaste d’animation du continent, y a trouvé son inspiration pour son court-métrage d’animation Kokoa (2001). Il met en scène avec humour et brio des combats de lutte entre grenouilles.

Kokoa ouvre la séance de Boxing Libreville d’Amédée Pacôme Nkoulou où l'on suit Christ, jeune boxeur qui s'entraîne sans relâche la journée et gagne sa vie comme veilleur de nuit. C'est son visage tendu, son regard concentré que nous avons choisis pour incarner notre festival à travers notre affiche. On part à la rencontre de son quotidien, en salle de sport, dans les vestiaires avec ses comparses sportifs, dans son couple. Le combat ne se joue pas que sur le ring mais aussi dans la rue où résonnent les discours électoraux à la radio et les clameurs des manifestations qui traversent sa vie et le film.

Enfin, en séance spéciale court métrage, nous proposons un programme intitulé "Trafic" avec 4 films : Ouagadougou, Ouaga deux roues de Idrissa Ouédraogo, Taxi Sister de Theresa Traore Dahlberg, Toi et Moi - Mbi na mo de Rafiki Fariala et Trafic de Sandy Kouame. De Dakar à Bangui, en passant par Abidjan et le Ouagadougou des années 80, les engins mécaniques et motorisés structurent le paysage urbain, nous parlent avec humour de mobilité mais aussi d’un art de vivre la ville.

Marie-France Aubert


* entretien recueilli par Jean-Pierre Garcia dans l'ouvrage de Henri-François Imbert Samba Félix Ndiaye, cinéaste documentariste africain (Ed. L'Harmattan, 2007) qui a été notre ouvrage de référence et nous a accompagné tout au long de notre travail.


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