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Regard
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Festival de cinéma de Douarnenez

Du 17 au 24 août 2019 - Douarnenez (14)

Le Festival de cinéma de Douarnenez inaugure une édition toute particulière tant l’histoire contemporaine de la France est liée à celle de l’Algérie que nous invitons cette année. J’ose dire que cette relation qui nous lie à ce pays est une relation passionnelle traversée par les crimes les plus atroces, à l’image des massacres de Sétif le 8 mai 45 qui ont fait des dizaines de milliers de morts jetés dans des charniers que la France cache toujours.

Le nom de ce pays résonne et fait trembler les souvenirs dans la mémoire de ces jeunes appelés qui partirent en guerre pour défendre les intérêts de la puissance coloniale française, dans la mémoire de celles et ceux qui durent quitter leur pays natal, dans la mémoire de ces Algériens, qu’on appelait les harkis, qui crurent à la France et qui furent lâchement abandonnés par l’État colonial et qui finirent dans des camps de rétention. La colonisation de l’Algérie fut un vaste champ cultivé par le cynisme et l’inhumanité, une insulte à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789.

Je viens de passer un mois dans ce pays magnifique où la jeunesse grouille d’espoir et s’apprête à changer le cours de l’Histoire sur le chemin de la liberté et de la démocratie. Le 22 février de cette année, à la surprise du monde entier, 23 millions d’Algériens, femmes, hommes, enfants ont investi la rue. C’est au courage de cette jeunesse qui impose peut-être pour la première fois au monde une révolution Silmiya ! (entendez pacifique), à qui nous devons rendre hommage à travers sa cinématographie, sa littérature, sa culture longtemps ignorée, voire souvent méprisée. Le Hirak, selon le sociologue Madani Safar Zitoun, est une récupération citoyenne des espaces publics. Il représente "un paradigme de la tolérance. On tolère de marcher avec un différent, avec l’autre". Depuis le 22 février, chaque vendredi les Algériennes et les Algériens n’ont pas cessé de manifester. Ils·elles ont d’ailleurs inventé un verbe : "vendredire". Le message transmis par les Algériennes et les Algériens repose sur une cohésion. Mais les complexités liées à la place de la femme dans cette société androcentrique, à la culture berbère et à l’Islam seront primordiales pour la mise en place d’une nouvelle ère démocratique.

Voici ce que l’on peut lire sur les pancartes lors des manifestations dans les rues d’Alger mais aussi dans toutes les villes du pays ; "Le peuple est amazigh, mozabite, arabe, chaoui, targui…" notamment pour rejeter les tentatives de divisions du pouvoir militaire en place qui tente de créer des luttes fratricides entre Berbères et non Berbères. Mais toutes et tous m’ont affirmé leur unité en se réclamant d’une seule terre majoritairement amazighe. À l’heure où j’écris ces lignes, à la veille du vendredi 5 juillet, jour de la fête de l’Indépendance, le bruit des bottes n’a pas retenti en Algérie. Il demeure cependant un risque de confrontation directe puisqu’il n’y a plus de paravent institutionnel entre l’armée et le peuple. Les manifestants·es font confiance à l’armée en tant qu’institution militaire de défense de l’intégrité territoriale, mais ne veulent plus que l’armée dirige le pays.

L’exemple de la lutte du peuple algérien a fait le tour du monde avec son Silmiya.
Mais que signifie Silmiya dans un monde où la France refuse d’accorder un pavillon au bateau l’Aquarius et vend des armes à l’Arabie Saoudite qui assassine des enfants au Yémen, où l’Italie arrête la capitaine du Sea-Watch, bateau secourant 40 migrants torturés en Libye et où l’ultra droite gagne du terrain au Brésil, en Hongrie, en Autriche, en Allemagne, en France…
Dans son indéfectible émerveillement au monde, le Festival de Cinéma de Douarnenez continuera d’alerter, de débattre et de s’ouvrir à l’Autre.

Le Grand Cru Bretagne, en partenariat avec l’association sœur Daoulagad Breizh, nous présente cette année une sélection bretonne de 33 documentaires, fictions et films d’animation sur les 110 reçus. Les rencontres professionnelles contribueront à renforcer la valorisation de la production audiovisuelle de la région Bretagne.

Nous restons attentifs et attentives à la situation des LGBTQI et au Monde des Sourds·es qui trouveront leur tribune au sein du festival pour expliquer et diffuser les combats menés pour le respect de leurs droits fondamentaux.

Enfin la thématique du Jeune Public, en partenariat avec les CEMEA, présentera une programmation éducative et éclectique.

Rassemblons-nous pour être en résonance et nous accorder avec les paroles de notre amie Habiba Djahnine : "Je cultive la langue du présent et j’attends le lever du nouveau soleil".

Valérie Caillaud, présidente du festival


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Programmation Grande Tribu

Les films de la Grande Tribu sont chaque année une sélection subjective par l’équipe du festival, de films sensibles qui font le lien avec les thématiques et esthétiques cinématographiques qui nous tiennent à cœur et que l’on a envie de partager avec vous.
Des films qui donnent la rage, l’envie de continuer les combats, qui nous éclairent sur le monde dans lequel on vit, qui nous rapprochent de l’inconnu, qui nous permettent de le comprendre et de faire tomber les a priori, qui nous embarquent dans des traversées poétiques, dans des images du réel parfois cruelles, parfois fraternelles à l’image de la diversité du cinéma, multidimensionnelle et anarchique, des films qui permettent de porter encore des utopies.

14 documentaires sont présentés dans cette programmation :
A Lua Platz de Jérémy Gravayat
Congo Lucha de Marlène Rabaud
Déplacer les montagnes de Lætitia Cuvelier, Isabelle Mahenc
For Sama de Waad al-Kateab et Edward Watts
Indianara de Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa
Kongo de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav
L'Époque de Matthieu Bareyre
L'Un vers l'Autre de Stéphane Mercurio
Nos défaites de Jean-Gabriel Périot
Nous le peuple de Claudine Bories et Patrice Chagnard
Pastorales électriques de Ivan Boccara
Quatrième de Valérie Mréjen
Talking About Trees de Suhaib Gasmelbari
Timnadin N'Rif de Nadir Bouhmouch


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+ Site du festival de cinéma de Douarnenez