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Regard
img © Rise Films / DMP Films

Retour du FIPADOC 2020


Cette deuxième édition du FIPADOC aux enjeux importants après un démarrage réussi en 2019, a eu valeur de confirmation tant les deux piliers de ce festival que sont programmation des films et rencontres professionnelles ont été bien bâtis.
 

Côté film, ce qui distingue la programmation d’un vrai festival était présent, c’est-à-dire non seulement plusieurs films dignes d’un palmarès, mais de nombreux films très forts et incontestables dans toutes les catégories. Les films primés témoignent de cette qualité. Nous rendons compte ici du Grand Prix The Human Factor du réalisateur israélien Dror Moreh.
 

À côté d’une sélection internationale de premier plan (citons The Cave de Feras Fayyad ; Honeyland de Ljubomir Stefanov et Tamara Kotevska ; Ervin de Karoline Grindaker), la compétition nationale dont nous avions salué l’apparition à Biarritz l’année dernière, a montré sa pleine justification dans sa diversité (de Danser sa peine de Valérie Müller, Grand Prix de la catégorie ; à Pays basque et Liberté, un long chemin vers la paix de Thomas Lacoste ; en passant par Goulag, une histoire soviétique de Patrick Rotman, Nicolas Werth et François Aymé).
 

La sélection du documentaire musical, d’excellent niveau, est représentative d’un mouvement qui à côté des purs "films de musique", fait entrer des œuvres dans lesquelles la musique est présente d’une façon plus adjacente. Le Grand Prix a récompensé le film norvégien Once Aurora de Stian Servoss et Benjamin Langeland, qui fait partager trois années du parcours d’Aurora, étonnante et attachante jeune chanteuse norvégienne de musique pop, propulsée dès ses 16 ans dans une tournée internationale, qui tente de construire son destin face à l’industrie musicale.
 

Côté rencontres professionnelles, la proposition conçue et managée par le producteur Christian Popp à qui Anne Georget et Christine Camdessus avait confié ce secteur clé, a été très convaincante, au point même qu’arbitrer entre une projection prometteuse et des rencontres alléchantes était souvent un dilemme. Problème qui signe les bons festivals.
 
Parmi les expériences intéressantes, citons le formidable récit par les producteurs suédois Fredrik Gertten et Margarete Jangaard de WG Film, du destin de leurs films "impact". Ils ont révolutionné le marché de la banane en Suède au profit du bio (!), mais aussi impacté la politique de la ville en matière de circulation cycliste dans plusieurs pays et dénoncent dans leur récent film (Push présenté en séance spéciale) les politiques immobilières des fonds spéculatifs qui poussent les non-riches vers les banlieues lointaines.
Retenons de l’instructive démonstration de marketing du documentaire Les Enfants d’Erasmus (coproduit en France par Seppia), sa communication sur les réseaux (pas moins de cinq versions du trailer en fonction des cibles potentielles : jeunes, enseignants, public généraliste, anciens d’Erasmus).
Quant aux passages obligés du tournant numérique des chaînes de télévision (Nouvelles tendances de la création numérique), la grande salle qui accueillait la rencontre s’est révélée trop réduite pour écouter les représentants d’Arte, de France Télévisions, de la RTBF et du CNC éclairer les tendances qui se cherchent de mois en mois (glané au passage : le recentrage sur le narratif, la réduction de durée des séries pour le web, la prime au programme à effet miroir pour le public jeune qui déserte le linéaire).
Citons encore deux ateliers remarqués pour leur pertinence : l’intéressante présentation d’ouvrages de librairie au potentiel d’adaptation audiovisuelle, préparée aux petits oignons et présentée par Valérie Montmartin et Rémi Lainé ; enfin, les "stratégies festival" avec les représentants de plusieurs rendez-vous internationaux importants nous ont appris que pour certains festivals, seul environ un gros tiers de leur programmation était issue d’une inscription sur les plates-formes en ligne.
 

La réussite unanime des rencontres professionnelles a été un point très fort de ce jeune FIPADOC qui fait la démonstration d’une grande maturité et le place de façon prometteuse sur l’orbite des rendez-vous majeurs consacrés au documentaire.
 

AM janvier 2020
 
P.S. : Les détails de l’Industry sont encore visibles sur le site du FIPADOC et le visionnage des films est possible sur Cinando pour les accrédités jusqu’en mars 2020.
 
 
Le Grand Prix du Documentaire International du FIPADOC a été attribué au film The Human Factor du réalisateur israélien Dror Moreh.

+ Lire la critique "The Human Factor - Autopsie d'un échec américain" sur le site des écrits de film-documentaire.fr