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Réalités de la rémunération des documentaristes

Une étude Addoc et Scam


Laëtitia Moreau, présidente de la Scam, Laurent Cibien et Anna Feillou pour Addoc présentent l'étude Réalités de la rémunération des documentaristes :

"La présente étude, menée à l’initiative d’Addoc et en partenariat avec la Scam, a pour but d’établir une photographie la plus précise possible de la rémunération des réalisateurs et réalisatrices de documentaires audiovisuels. Elle est destinée à l’ensemble des acteurs du secteur et a été réalisée à partir d’un corpus de données fournies par le CNC et représentatives de la diversité économique et éditoriale de la production documentaire.

Elle s’inscrit dans le prolongement de l’étude de 2018 de la Scam intitulée De quoi les documentaristes vivent-ils?, portant sur la situation professionnelle des réalisateurs et réalisatrices de documentaires et de magazines et fondée sur les résultats d’un questionnaire détaillé auquel avaient répondu 1500 autrices et auteurs. Cette étude pointait la grande variabilité des rémunérations (en droits d’auteur et en salaires), notamment en fonction du type de diffuseur. Elle mettait également en lumière le manque de repères et le malaise des réalisateurs et réalisatrices avec le sentiment – largement partagé – de rémunérations trop faibles, déconnectées de leur temps de travail effectif, et ne cessant de se dégrader.

En 2019, l’Uspa (Union Syndicale des Producteurs Audiovisuels) publiait sa propre Étude sur la rémunération des auteurs-réalisateurs à partir de données fournies par des sociétés de production membres de ce syndicat. L’analyse de 643 œuvres réalisées par 357 réalisateurs et réalisatrices, ayant obtenu l’autorisation définitive du fonds de soutien audiovisuel du CNC, et financées pour les deux tiers d’entre elles par Arte et France TV, concluait à des rémunérations moyennes supérieures à celles établies par l’étude Scam. Cette étude affirmait également que la rémunération, déterminée chronologiquement très tôt et sanctuarisée, ne constituait pas une variable d’ajustement des budgets de production.

Cette troisième étude est issue de la volonté commune d’Addoc et de la Scam de nourrir la réflexion collective à partir de l’analyse de données émanant du CNC, l’un des deux piliers du financement du secteur documentaire audiovisuel avec les télédiffuseurs. Le CNC a ainsi mis à notre disposition les données anonymes correspondant à un panel représentatif de 140 documentaires audiovisuels issus des 1.866 documentaires ayant été soutenus à la production par le Fonds de Soutien Audiovisuel (FSA) entre juillet 2017 et avril 2019 et ayant obtenu l’autorisation définitive.

Notre étude intervient dans un contexte marqué par de nombreuses discussions interprofessionnelles susceptibles d’affecter la profession : qu’il s’agisse de la négociation paritaire en vue de l’établissement d’un salaire minimum conventionnel pour la/le réalisateur dans l’audiovisuel, engagée entre les organisations syndicales représentatives du secteur – ce minimum étant actuellement au niveau du Smic ; ou de la négociation en vue d’une charte tripartite des bons usages engagée entre les organisations représentatives des auteurs/autrices et des producteurs/productrices et France TV. Même si celle-ci ne porte pas directement sur les rémunérations, cette question s’articule de fait avec celles des conditions de travail et des relations entre auteurs/autrices, producteurs/productrices et responsables de chaînes de télévision, qui sont au cœur de la charte.

Cette étude intervient également dans un paysage audiovisuel en pleine mutation, marqué par la recherche de nouvelles régulations. Par ailleurs, le CNC a lancé en 2020 une révision générale de ses dispositifs d’aide, qui pourrait avoir une incidence sur le financement du documentaire et par ricochet, sur la rémunération des réalisateurs/réalisatrices. Le gouvernement, quant à lui, a abandonné – temporairement ? – l’idée d’une grande loi sur l’audiovisuel public qui sécuriserait son financement et fixerait des objectifs clairs et ambitieux en termes de création et d’information.

Les prochains mois s’annoncent donc décisifs et cette étude se fixe un triple objectif :

• Fournir à l’ensemble du secteur documentaire, auteurs/autrices, réalisateurs/réalisatrices, producteurs/productrices et aux organisations qui les représentent, des éléments objectifs contribuant à nourrir les concertations et négociations interprofessionnelles en cours.

• Donner aux réalisateurs et réalisatrices de documentaires, débutantes comme confirmées, les repères nécessaires à une meilleure compréhension du contexte et des éléments influant sur leur rémunération, et les ressources pour échanger sur de meilleures bases avec leur producteur ou productrice au moment de sa fixation.

• Nourrir la réflexion des décideurs publics, tels que le CNC, le ministère de la Culture, le ministère du Travail, etc.

Les enseignements de cette étude sont de nature à alimenter les discussions en cours et à venir, dans un esprit de concertation et de prise de conscience de la précarisation grandissante d’une partie de notre profession, face à laquelle nous devons collectivement trouver des solutions. Nous espérons que l’ensemble du secteur documentaire s’emparera de ce travail. Addoc et la Scam partagent la conviction qu’en améliorant la situation des réalisateurs et réalisatrices, qui constituent le premier maillon de la filière documentaire, celle-ci en ressortira renforcée dans son ensemble."


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