film-documentaire.fr | PORTAIL DU FILM DOCUMENTAIRE

img img
Lumière sur
img © D.R.

     Festivals annulés







Devant le constat de cette seconde vague de festivals annulés nous sommes pris d’une sensation qui mêle la frustration et paradoxalement une admiration.

Inutile d’insister sur la frustration des organisateurs de festival, des cinéastes, des producteurs, des professionnels et du public ; elle est profonde et ne trouve que peu de compensations. La mise en ligne que certaines manifestations ont pu organiser est une mince gratification qui, si elle a pu sembler une réponse compensatrice pendant le premier confinement quand elle fut soignée (Visions du Réel 2020 par exemple), ne fait que souligner au cours du second le manque cruel de la rencontre, du temps de la projection partagée, de la salle comme lieu de vie de l’œuvre, mais aussi comme lieu de l’expression des cinéastes en personne.

La cruelle expérience que nous vivons cet automne, cette autre grande saison des festivals documentaires procure pourtant une autre démonstration. Ce manque fait surgir non seulement le désir, comme toujours, mais la prise de conscience de ce que les répétitions annuelles finissent par masquer : l’incroyable richesse, diversité et engagement que manifestent ces festivals de documentaires. De Ji.hlavaBelfort, de l’IDFA aux Écrans documentaires d’Arcueil, dans leurs diversités et leur histoire, les programmes annulés de ces manifestations nous apparaissent comme des archives en temps réel d’une expérience dont nous sommes absents. Devant ces programmations fantômes, nous pensons aux archéologues ou aux historiens qui découvrent des moments de civilisation à travers leurs traces écrites. Cette lecture impressionne autant par les contenus qui nous seront manquants, que par la somme d’énergies, de compétences, de volonté que ces programmes manifestent. Des catalogues-papier, de Cinéma du réel 2020 à celui de Traces de vies qui fête sa 30e édition cette année, des catalogues virtuels de tant d’autres festivals, il y a un certain vertige à considérer ce qui n’a pas eu lieu et donc par contraste ce qui a lieu tout au long des années. Dans les temps que nous vivons de négation des faits et des Autres, considérer ces lieux uniques que sont ces festivals comme des îlots de ressourcement est à la fois un juste hommage à ceux qui les font vivre et un motif d’espoir pour l’avenir.

Pour cette raison, nous avons décidé de rendre compte dans la lettre de ce mois, d'un grand nombre de festivals de documentaires de l’automne annulés et de leurs programmations. La lettre en est un peu plus longue, mais le paysage qu’elle découvre ainsi est une source de méditation.

Arnaud de Mezamat, novembre 2020