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img © Rue des Archives / PVDE

Chantal Akerman (1950-2015) Intérieur extérieur

Une vie, une œuvre, par Christine Lecerf et Ghislaine David


Née en 1950, à Bruxelles, dans une famille d’émigrés juifs polonais, Chantal Akerman a traversé le cinéma comme une étoile filante, en laissant derrière elle une œuvre pionnière, arrachée aux ténèbres.

Fille et petite fille de rescapés, Chantal Akerman grandit enfermée dans un passé omniprésent, sans mot et sans image. Filmer va constituer pour elle une "sorte de conjuration", une lutte pour briser les murs du silence et résister aux assauts de la folie.

Dès son premier film Saute ma ville (1968), tourné vers l’âge de 18 ans, après le choc de Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, Akerman fait exploser à son tour les cadres conventionnels du 7e art. À la fois devant et derrière la caméra, sans parole mais en chantonnant, la jeune fille s’enferme dans la cuisine familiale et filme son suicide au gaz. Une cinéaste est née, d’une liberté créatrice totale. Entre comédie et tragédie, fiction et réalité, Chantal Akerman vit et survit dès lors par la seule force de son cinéma.

Plus artiste que cinéaste, Chantal Akerman a travaillé l’image comme un peintre son motif. Qu’elle cadre à l’intérieur ou à l’extérieur, sa chambre à Bruxelles dans La Chambre (1972) ou les façades et les rues de New York dans News from Home (1977), qu’elle filme en plan fixe ou en un long travelling, l’actrice Delphine Seyrig épluchant des pommes de terre dans Jeanne Dielman (1975) ou une foule anonyme attendant dans une gare à Moscou D’Est (1993), Chantal Akerman avance de face et à tâtons, redéfinissant radicalement la nature et le rôle de l’image cinématographique. Sans modèle ni méthode, transformant le trou noir de son histoire en une prodigieuse capacité à habiter le temps, Chantal Akerman a transformé le cinéma en un véritable art du "plan".

Son dernier film No Home Movies (2015) se regarde comme on contemple un autoportrait au miroir. Intérieur extérieur. La cinéaste filme sa mère peu de temps avant sa mort. C’est la dernière image. Chantal Akerman s’est suicidée à Paris, le 5 octobre 2015, à l’âge 65 ans.

Par Christine Lecerf. Réalisation : Ghislaine David. Prise de son : Andreas Jaffre et Laurent Macchietti. Mixage : Olivier Dupré. Attachée de production : Claire Poinsignon. Avec la collaboration d'Annelise Signoret.

Avec les voix de : Chantal Akerman, Aurore Clément, Caroline Champetier.
Musique : Sonia Wieder Atherton.

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