film-documentaire.fr | PORTAIL DU FILM DOCUMENTAIRE

img img
Regard
img © D.R.

Retour sur le 30e Fipa

Cette 30e édition du Fipa a parfaitement reflété les caractéristiques de ce festival atypique à bien des égards et en tous cas manifestation indispensable aux professionnels français de la télévision.
Elle a permis de faire le point sur les évolutions institutionnelles et politiques, leurs perspectives et les politiques des chaînes.

Une nouveauté en matière de documentaire l’a illustré avec l’annonce par Caroline Got, directrice de France 2, du retour d’une case documentaire de troisième partie de soirée sur cette chaine, en écho à la défunte case "25e heure". Quarante objectifs par an, dont une partie d’achat. Chaque film doté d’un préachat qui semblerait se situer aux environs de 40 000 €. Cette annonce politiquement très habile au moment où se négocie le renouvellement de l’accord pluriannuel documentaire entre les syndicats de producteurs et France Télévisions est une vraie bonne nouvelle. Saluons Anne Georget, présidente de la SCAM, qui en a été l’avocate auprès de Delphine Ernotte à qui il faut également adresser l’expression d’une vraie satisfaction.

Côté ARTE, Véronique Cayla a annoncé au cours de la rituelle et fort utile présentation des vœux organisée par la chaîne chaque année à Biarritz, la nomination, très attendue depuis le départ de Luciano Rigolini, de Rasha Salti comme nouvelle responsable de la Lucarne. Programmatrice de festivals, commissaire d'exposition et écrivain, Rasha Salti collabore avec de nombreuses institutions, musées et festivals dans le monde (voir ici sa notice biographique).
 
Évidemment, le Fipa est aussi un espace pour l’expression artistique et cette année est celle d’un bon cru. La sélection internationale a révélé plusieurs films remarquables. Outre le Fipa d’Or décerné au passionnant film franco-algérien Tahqiq fel djenna (Enquête au paradis) de Merzak Allouache (François-Xavier Destors en livre une critique approfondie ici), ont été remarqués le beau film sud-africain Noma de Pablo Pinedo (la vie dans un ghetto d’une jeune sud-africaine noire, filmée dans un noir et blanc opportun qui évite l’esthétisme), l’audacieux L'Eau sacrée du cinéaste belge Olivier Jourdain qui affronte sans tabou la réalité culturelle des pratiques sexuelles des femmes du Rwanda, pays qui majoritairement ignore l’excision. De même le réjouissant Alcaldessa (Mention spéciale du jury) du réalisateur catalan Pau Faus qui accompagne le cheminement de la charismatique et désormais très connue Ada Colau vers l’élection à la mairie de Barcelone. Mentionnons enfin la série de 3 x 52 mn de la BBC intitulée Exodus consacrée aux migrants, considérés de leur point de vue en s’appuyant sur le journal filmé que plusieurs d’entre eux tiennent avec leur smartphone.
 
Côté domaine français, citons le beau Un français nommé Gabin d’Yves Jeuland (Kuiv Productions / France 3), et un film très stimulant d’intelligence de réalisation sur les majorettes des petits villages du nord de la France, La Parade des réalisateurs Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorf, (Les Films du Bilboquet / France 3 Régions).
 
Le Smart Fipa a permis de se livrer à plusieurs expériences de réalité virtuelle, dont l’une, intitulée Be Boy Be Girl des vidéastes néerlandais Frederick Duerinck et Marleine van der Werf, ressortait clairement de l’installation : allongé sur une chaise longue, caressé par une légère brise dispensée par un ventilateur, ressentant les rayons chauffants d’un chauffage à rayonnement, l’utilisateur était invité à vivre l’expérience d’un bord de mer dans le corps de son choix qu’il visualisait dans son casque ; il se voyait lui-même homme ou femme, en maillot de bain, comme on peut se regarder soi-même allongé sur un transat. Amusant certes, mais non dénué d’une partie de trouble connoté d’une vraie dimension artistique. Intéressant en ce que cela indique la direction que peut prendre cette proposition technologique nouvelle ; un nouveau medium qui ne se substituera pas au regard directionnel d’une œuvre de cinéma ou de télévision, mais aura à trouver ses espaces et ses modalités techniques pour offrir des expériences perceptives. En cela, ce type de démarche s’inscrit dans la ligne des hybridations documentaires/installations qui ont envahi les arts plastiques. Avec cette expérience de VR, accompagnée de plusieurs autres propositions, le Fipa a fait sentir comment la VR pourra s’insérer de façon convaincante dans ce champ, comme elle investit celui du jeu vidéo.
Aura t-elle un jour un avenir à la télévision, voire au cinéma ? Même si la technologie améliore les rendus qui sont un des points faibles actuels – et à coup sûr, elle le fera – nombreux sont ceux qui pensent que le hors champ est fondamental dans le point de vue. La question est de savoir comment créer du hors champ dans une expérience à 360 degrés. Il faudra être attentif à la façon dont les créateurs répondront à cette question.
 
Arnaud de Mezamat


+ Consultez le palmarès du 30e Fipa