film-documentaire.fr | PORTAIL DU FILM DOCUMENTAIRE

img img
Regard
img © D.R

Le documentaire à la Berlinale

Retour sur le palmarès


La 67e édition de la Berlinale, qui s’est achevée le 19 février, a livré son verdict. Retour sur les principaux films récompensés qui affirment, en ce début d’année, toute la force de la création documentaire internationale à se faire l’écho du chaos du monde d’aujourd’hui.


Nouveauté 2017, le prix du meilleur documentaire a été décerné à Istiyad Ashbah (Ghost Hunting) de Raed Andoni. Huit ans après Fix me, dans lequel il mettait en scène son propre malaise existentiel, le réalisateur palestinien poursuit sa quête thérapeutique d’un cinéma de l’introspection. S’il est encore question d’intimité partagée et des traumatismes invisibles du territoire occupé, la thérapie est cette fois collective. Un groupe d’anciens détenus, considérés comme "dangereux" par l’État hébreu, a accepté de le rejoindre pour une expérience destinée à libérer une mémoire refoulée. Dans un hangar de Ramallah, le cinéaste reconstitue un centre d’interrogatoire israélien. Amenés à rejouer leur propre rôle ou à se glisser dans la peau de leur interrogateur, les participants ouvrent à nouveau les plaies de la torture physique et psychologique de la détention administrative.

Autre film marquant, également coproduit par Arte France et récompensé par le prix Panorama du public, I Am Not Your Negro revisite la fracture raciale américaine à travers l’œuvre de l’écrivain noir américain James Baldwin. Le cinéaste haïtien Raoul Peck, qui a pu avoir accès à des manuscrits inédits, met brillamment en images la parole de ce monument de la littérature afro-américaine dont la lecture – incarnée par Samuel L. Jackson pour sa version américaine et par Joey Starr pour sa version française – résonne furieusement aujourd’hui par sa clairvoyance et sa sincérité.

Avec Maman Colonelle, également plébiscité, le réalisateur Dieudo Hamadi (Atalaku, Examen d’Etat…) dresse le portrait d’Honorine Munyole, responsable de la brigade de lutte contre les violences sexuelles dont sont victimes femmes et enfants dans la région de Kisangani. En contrepoint des représentations usuelles d’un Congo livré à l’ingérence et à l’impunité, le film repose entièrement sur le combat de cette femme déterminée à surmonter les nombreux obstacles qui parsèment le chemin vers l’ordre, l’autorité et la morale.

Enfin, lauréat du prix du jury œcuménique dans la section Panorama, le film Tahqiq fel djenna (Enquête au Paradis) de Merzak Allouache, explore une autre violence, latente, pernicieuse et toute aussi destructrice. A travers une journaliste qui enquête sur le paradis et ses multiples interprétations, le cinéaste algérien dévoile le danger que représentent les prédicateurs stars des "télé-fatwas" auprès d’une jeunesse en manque de repères. En esquissant le portrait d’une société profondément divisée, où l’instrumentalisation du discours religieux réduit le paradis à un fantasme sexuel dénué de toute moralité, Tahqiq fel djenna plonge au cœur d’une dure bataille à mener, celle de la culture. Ces documentaires, porteurs d’une vision engagée et critique du désarroi du monde, en sont les porte-voix. La Berlinale l’a rappelé avec force.

François-Xavier Destors

+ Consultez le palmarès complet
+ "Tahqiq fel djenna" ("Enquête au paradis") de Merzak Allouache : la bataille de la culture - François-Xavier Destors



Rappel de la sélection documentaire à la Berlinale 2017

Cette année, 400 films été programmés à la Berlinale, issus d'une soixantaine de pays.

Beuys de Andres Veiel était le seul documentaire en compétition. Réalisé presque exclusivement à partir d'images d'archives, le film est une plongée dans le travail de Joseph Beuys qui remit en question la définition de l'art et donna un prolongement politique à son engagement artistique.

En seconde ligne sous le feu des projecteurs berlinois, 4 documentaires ont été sélectionnés pour les séances spéciales : La libertad del diablo de Everardo González (Mexique), The Trial : The State of Russia vs Oleg Sentsov de Askold Kurov (Estonie / Pologne / République Tchèque), The Bomb de Kevin Ford, Smriti Keshari, Eric Schlosser (USA) et Werner Nekes – Das Leben zwischen den Bildern de Ulrike Pfeiffer (Allemagne).

Dans la section Panorama, 15 documentaires venus du monde entier :
- du côté français, le dernier film de Marie Dumora Belinda et la coproduction franco-algérienne Tahqiq fel djenna de Merzak Allouache.
- pour le continent américain, 5 documentaires en provenance des États-Unis : Bones of Contention de Andrea Weiss, Casting JonBenet de Kitty Green (en coproduction avec l'Australie), Chavela de Catherine Gund et Daresha Kyi, Strong Island de Yance Ford (en coproduction avec le Danemark) et Tania Libre de Lynn Hershman Leeson (en coproduction avec l'Allemagne). Également un documentaire brésilien : No Intenso Agora de João Moreira Salles, un documentaire chilien : El pacto de Adriana de Lissette Orozco et le dernier film du canadien Sylvain L'Espérance Combat au bout de la nuit.
- du côté de l'Europe, 5 documentaires allemands : Denk ich an Deutschland in der Nacht de Romuald Karmakar, Dream Boat de Tristan Ferland Milewski, Fünf Sterne de Annekatrin Hendel, Mein wunderbares West-Berlin de Jochen Hick et Revolution of Sound - Tangerine Dream de Margarete Kreuzer. Également un film britannique Erase and Forget de Andrea Luka Zimmerman et un documentaire espagnol Política, manual de instrucciones de Fernando León de Aranoa.
- venant d'Asie, un seul documentaire, produit à Taïwan : Ri chang dui hua de Hui-chen Huang.
- enfin 3 coproductions internationales : I Am Not Your Negro de Raoul Peck, Ghost Hunting de Raed Andoni et Untitled de Michael Glawogger.

+ Consultez la sélection des courts métrages programmés
+ Consultez les films dans la section Forum