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"Brüder der Nacht" - Patric Chiha
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Christophe Ottello, Josiane Bataillard | Le journal #5 Festival Entrevues 2016

Être Bulgare et Rom est une double infamie. Ils sont très jeunes, ils sont mariés, ont des enfants. Pour nourrir la famille, pour la fuir aussi, l'exil s'impose.

Lumières traversant la nuit du port, de l'autoroute et du rail. Au loin, Vienne comme un gâteau flamboyant et crasseux.

Alcool, cigarettes ou hashish, bonheurs, effrois, la vie est prise telle qu'elle est, entre ennui et fraternité.
À l'intérieur d'une boite de nuit, les garçons et les clients sont pris dans des obliques et des verticales, barrières de portail, angles de bar à marins. Éclairages vert bouteille, bleu des nuits de fêtes, orangé des peaux nues, jaune néon, Rainer Fassbinder, Edward Hopper, les Noctambules ou Querelle.

Sexe et prostitution : hâbleurs ou honteux, selon les clients, sucer ou être sucé, pénétrer ou se laisser pénétrer. Ils comparent leurs tarifs, leurs performances. Excitations et pudeurs à la lisière des corps, certains acceptent tous les désirs, d'autres s'en tiennent à deux ou trois, et c'est déjà beaucoup. Duos, trios, scènes d'ensemble, ils sont au premier plan de l'image qui recueille confidences et accorde dignité.

Sexe et tendresse : fric, misère, sacs de voyages et grandeur viennoise, nouvelles hypocrisies, folklores et modernités se mélangent. Polo à rayures, guêpière, blousons de cuir, tatouages, paillettes, faux-cils... Masculin et féminin, les genres s'affirment et s'abolissent dans la danse, la sueur et l'exaltation des corps.

Musiques tsiganes, rythmes techno-dance, le Rüdiger Bar a l'allure noble des symphonies de Gustav Mahler venues se frotter aux oscillations de l'Orient, et c'est sublime.

Aussi beau qu'un tableau devant lequel on resterait saisi, le film capte une parole libre malgré l'aliénation.


(Crédits image : WILDart Film)

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