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"Quinzaine claire" - Adrien Genoudet
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Nicole Cordier | Le journal #1 Festival Entrevues 2016

Quinzaine claire, quinzaine sombre, c’est l’alternance qui régit le calendrier lunaire. Deux principes fondamentaux : l’impermanence des choses (chaque moment est à la fois un début et une fin) et la causalité (chaque homme agit en fonction de sa vie antérieure).


Un fatalisme ancré dans les esprits, qui a permis aux Cambodgiens de survivre aux pires drames, mais freine aussi la prise en compte de la réalité. Petit rappel historique : Entre 1967 et 1991, le Cambodge a subi la guerre civile, l’intrusion américaine, la guerre contre le Vietnam et surtout la dictature des Khmers Rouges, qui plongea le pays dans un trou noir, entre 1975 et 1979 : 3 millions de morts sur 8 millions d’habitants. Un désert aride sur lequel il faut maintenant construire l’avenir. Les Cambodgiens sont jeunes (60% ont moins de trente ans), ils n’ont pas vécu le génocide, mais veulent savoir.

Projeter l’édification d’un mémorial du génocide, ne va pas sans problèmes. C’est pourtant le travail auquel s’attelle Séra Ing, artiste Franco-Cambodgien échappé du massacre. Peintre et sculpteur, connu par ses bandes dessinées racontant le génocide. Il a commencé une sculpture monumentale, un corps brisé renversé, destiné à représenter le basculement dans la terreur. Un mémorial qu’il voulait inaugurer le 17 avril 2015, jour anniversaire des 40 ans de la chute de Phnom Penh. Mais la notion même de mémorial soulève des interrogations. Pourquoi rappeler cette horreur ? Pour honorer les morts ? Pour que personne n’oublie le génocide ? Une belle idée vue de France. Mais le Cambodge n’a pas fait la paix avec son passé, la parole n’a pas été libérée ; sous prétexte de réconciliation nationale, on lui a préféré le silence.

Genoudet multiplie les points de vue, insère quelques images d’archives, d’autres plus furtives d’Angkor ou de souvenirs d’enfance : une vision traditionnelle du Mékong et de ses maisons flottantes. Malgré le titre, l’ambiance générale est plus nocturne que diurne. Un reflet de l’eau sous la lune, une flamme, des enseignes lumineuses, des phares trouent parfois l’obscurité.

L’obscurité domine, l’obscurantisme aussi. "On ne peut ni oublier, ni vivre avec". Le 15 avril 2015, premier jour de la quinzaine claire, c’est le nouvel an, fêté dans la rue et dans la joie... mais sans le mémorial. Heureusement, grâce à Séra Ing, l’expression artistique se développe au Cambodge. Adrien Génoudet s’attarde sur l’itinéraire d’un jeune peintre qui avoue : "Quand je peins, je me sens vivant". Un jour viendra, où le mémorial du génocide sera installé au centre de Phnom-Penh.



Crédits image : Quilombo Films

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