film-documentaire.fr | PORTAIL DU FILM DOCUMENTAIRE

img img
"Letters to Max" - Éric Baudelaire
img

Fabien Vélasquez | Le journal - Festival Entrevues 2014


Si, pour son illustre homonyme, l’imagination est la reine des facultés, Éric Baudelaire tisse à travers Letters to Max un singulier et très personnel récit qui incitera le spectateur à déployer son imagination, tant la matière filmique qu’il manipule (voix off des réponses de Max, images tournées lors d’un voyage unique en septembre 2013, images d’archives…) entremêle subtilement le réel et la fiction : "mon cinéma tend vers une forme de confusion entre la nature de ce que l’on voit et la nature de ce que l’on entend, j’aime l’idée que l’on puisse se demander à propos de mes images : sont-elles illustratives ?, spéculatives ?, remises en scène ?, ou proviennent-elles d’un document qui vient d’ailleurs ?"

L’Abkhazie est née d’une guerre de sécession en Géorgie, dans le Caucase, en 1992-1993. Pendant près de 20 années, aucune autre Nation ne l’a reconnue. Éric Baudelaire continue d’explorer un intérêt déjà ancien pour ce petit pays de quelques 240 000 âmes. Un jour, il décide d’écrire à Maxim Gvinjia (un jeune militant de l’indépendance, stagiaire au ministère des affaires étrangères rencontré en 2000). Débute alors un échange épistolaire de 6 mois durant lequel, parmi 74 lettres expédiées depuis Paris, près de 50 arrivèrent à destination. Extrait :

"La guerre change les gens en un instant. Tu oublies le passé. La guerre arrive et c’est là que tu vis. C’est comme la pluie. Quand il se met à pleuvoir, tu vois qu’il pleut, tu es trempé ou tu prends un parapluie. C’est pareil pour la guerre, on s’habitue à tout."

Le spectateur, quant à lui, mettra peut-être un peu de temps pour s’habituer à la forme du film parfois déconcertante, un effort pourtant nécessaire pour aborder un sujet complexe aux ramifications thématiques variées : politique, sociologie, ethnologie, évoquées via des images dotées d’une poésie évidente (cf. les ruines ou la scène allégorique du joueur de marionnettes donnant une représentation sans public). S’il ne privilégie aucun médium par rapport à un autre, Éric Baudelaire fait preuve d’une grande audace narrative et son film atteste d’un sincère attachement pour l’Abkhazie. La mère de Jonas Mekas (un cinéaste que le réalisateur ne revendique pourtant pas comme source d’inspiration, mais avec lequel il partage inconsciemment d’étonnantes affinités de formes) disait : "Même les pétales de fleurs desséchées contiennent des remèdes secrets et mystérieux" ; telle pourrait être une limpide définition de ce film aux accents de manifeste en faveur du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

+ Fiche du film