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À l'ombre d'Hollywood

Le monde du cinéma est en pleine mutation. En vingt ans, les projecteurs des salles d'art et d'essai se sont éteints. Les films sont devenus prétexte au développement d'immenses complexes de divertissement. Animée de nouvelles stratégies commerciales dans la lignée des politiques interventionnistes de l'avant-guerre, qui faisaient déjà du cinéma une industrie stratégique fondamentale, la planète Hollywood consolide méthodiquement son hégémonie sur les écrans du monde. Partant de ce constat, "À l'ombre d'Hollywood" examine ce sentiment d'érosion avec des passionnés du 7e art qui ont vécu l'évolution du cinéma depuis les années soixante et qui continuent de résister, chacun à sa façon, à la standardisation des images. C'est avec passion et humour, sérénité ou indignation, découragement ou espoir que s'expriment tour à tour Bertrand Tavernier, Arthur Penn, Alain Tanner, Agnieszka Holland, Marin Karmitz, Denys Arcand, Margarethe von Trotta, Andrzej Wajda, Milos Forman, pour ne nommer que ceux-là. Avec eux, la réalisatrice s'interroge avec lucidité sur l'avenir du cinéma en tant qu'art dans une société de consommation de plus en plus assujettie aux lois du marché. Mêlant entretiens, extraits de films et archives documentaires, le film nous entraîne, dans un mouvement continu entre l'Europe et l'Amérique, sur les traces perdues d'un cinéma du sens et de l'authenticité, jadis porteur d'une parole collective. Le rêve américain n'est plus ce qu'il était… Bardé d'effets spéciaux, ses nouveaux mythes et ses nouveaux héros contribuent un peu plus chaque jour à l'homogénéisation des cultures, de même qu'à l'appauvrissement des imaginaires et à l'effacement du réel. Face à cette logique rassurante du vide, "À l'ombre d'Hollywood" réaffirme la nécessaire pluralité des cultures nationales et des expressions individuelles. Si la domination américaine des écrans remonte tout au début du siècle et s'affermit au cours des deux guerres mondiales, c'est la chute du mur de Berlin, et avec elle la prétendue fin des idéologies, qui laisse le champ libre à Hollywood, accélérant son hégémonie. Avec comme toile de fond la guerre des images, la cinéaste remet en question la banalisation du cinéma comme pur objet de divertissement produit pour fidéliser un public de plus en plus captif. "De consommateur, le spectateur devient celui que la machine du cinéma consomme." À l'heure où l'industrie protectionniste hollywoodienne, otage des grandes multinationales, raffine ses stratégies de marketing et de distribution pour domestiquer mondialement le marché de la culture au nom de la liberté du commerce, est-il encore possible de croire à une saine cohabitation de toutes les formes de cinéma sur les écrans de la planète ? Si le cinéma est avant tout un exercice du regard, un artiste dispose-t-il encore aujourd'hui de la liberté de création nécessaire pour exprimer sa vision personnelle du monde et donner à voir le réel dans toute sa complexité ? "À l'ombre d'Hollywood" démontre qu'en favorisant l'essor d'une civilisation de l'audiovisuel tentaculaire, la mondialisation des marchés influe insidieusement les contenus narratifs et esthétiques des films. Évitant tout manichéisme, le film témoigne de l'attrait qu'exerce la conception hollywoodienne du cinéma sur les dirigeants de l'industrie européenne. Il s'attache aussi à comprendre pourquoi, au-delà des raisons économiques et politiques, les films américains, véhicules par excellence du rêve américain, ont su de tout temps

The world of cinema is undergoing another massive transformation. Forget the talkies, forget post-war neo-realism, forget film noir, new wave, world cinema... the new millennium is all about huge entertainment complexes that overwhelm us with sensory bombardment. "In the Shadow of Hollywood" examines this assault on our senses through interviews with directors, producers, writers and other experts in the film industry. Notable figures such as Arthur Penn, Bertrand Tavernier, Alain Tanner, Agnieszka Holland, Marin Karmitz, Denys Arcand, Margarethe von Trotta, Andrzej Wajda and Milos Forman speak out with passion and humour, acceptance, indignation, discouragement and hope. The questions addressed are 1) How did the movies become a strategic American industry whose goal is dominance of the world's screens? 2) How have American films captured the imagination of audiences the world over? 3) Considering the Hollywood penchant for happy endings, is it still possible to create films that are "great art"?