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Le Monologue de la muette
© Athenaïse
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COMMENT VISIONNER CE FILM ?

La muette, c’est la bonne, personnage nouveau à Dakar. Corvéable et révocable à merci, souffre-douleur de patrons capricieux, soumise à toutes les pressions, à toutes les menaces, à tous les arbitraires, sans défense, sans droits, condamnée à obtempérer et à se taire, la bonne cristallise les aberrations de la transformation de la société sénégalaise, les contradictions de la mondialisation : la chosification de l’être humain, une précarité d’emploi source d’angoisse et de douleur, des villages qui se dépeuplent de leur jeunesse, des femmes qui travaillent à la place d’hommes devenus incapables de nourrir leur famille, une croissance exemplaire et une population qui ne cesse de s’appauvrir. "Ce que je ne fais pas à autrui, je ne veux pas qu’on me le fasse. Tout le monde peut se retrouver à faire la bonne. Celle qui nous paye est bonne à sa manière. Il y a toujours un patron pour payer." (Ou pour ne pas payer.) Exploitée à la ville, elle l’est aussi au village, par les siens. Alors, la muette hurle sa colère en brisant les codes, en faisant feu de tout bois : en témoignant simplement avec ses mots ou en montant sur la scène, en mêlant le théâtre au documentaire, le jeu aux situations objectives de travail, la fiction au décor réel des taudis, en séparant le son de l’image, en étendant son message au pays entier, de Dakar aux villages les plus reculés, en faisant résonner la cruauté du verbe sur la beauté de son visage si digne dans son silence. (Yann Lardeau)

The girl with no voice is the maid, a new character in Dakar. At the master’s bidding and dismissible at will, a scapegoat for capricious bosses, subject to all kinds of pressures, threats and arbitrariness, defenceless, without rights, condemned to silent obedience, the maid crystallises the aberrations of a changing Senegalese society and the contradictions of globalisation: the reification of the human being, a precariousness of work with the resulting anxiety and suffering, the youngsters’ exodus from villages, women taking on the work of men who can no longer feed their families, exemplary growth and an increasingly impoverished population. "What I don’t do to others, I don’t want people to do to me. Everyone can be in a maid’s position. The one who pays us is a kind of maid. There’s always a boss who pays." (Or doesn’t pay.) "She is exploited in town, but also by her family back in the village. So the girl with no voice shouts her anger, breaking codes, using all means: recounting with words or acting on a stage, mixing theatre with documentary, acting with objective work situations, fiction with real slum settings, by separating sound and image, spreading her message country-wide, from Dakar to the furthest villages, and by letting the cruelty of words resonate over the beauty of her face, silent with dignity. (Yann Lardeau)

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