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Lunch Break
© Clay Russel Lerner
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AUTEUR(S)-RÉALISATEUR(S)

Sharon Lockhart

IMAGE

Richard Rutkowski

SON

Becky Allen, James Benning

MONTAGE

James Benning

PRODUCTION / DIFFUSION

Clay Russel Lerner

ORGANISME(S) DÉTENTEUR(S) ou DÉPOSITAIRE(S)

Arsenal - Institut fûr Film und Videokunst e.V.

ISAN : non renseigné - en savoir plus

"Un cadre se met lentement en marche : fausse immobilité, passage de la photo dans le cinéma, et inversement. Depuis fin 90, l’Américaine Sharon Lokhart mène de front photographie et cinéma, interrogeant un médium au risque de l’autre au fil de projets soucieux d’une approche anthropologique. "Lunch Break", tourné dans un chantier naval de l’US Navy à Bath, dans le Maine, se nourrit de cette recherche. En un parti pris tranché, Lokhart a choisi de retenir un lieu, un temps : la pause déjeuner des travailleurs, assis à déballer leur gamelle le long d’un couloir interminable au milieu des machines, filmé en un seul travelling au ralenti. S’offre au regard un enchaînement de saynètes : prendre son casse-croûte, mais aussi lire, habiter vaguement ce temps mort, échanger des propos inaudibles par force. Fresque de la vie en usine en condensé, le film oscille entre concentration du regard et dispersion de l’attention, entre jouissance scopique et traversée dans la profondeur de l’espace social. On l’aura saisi, les ouvriers ne sortent plus de l’usine, ils y font corps, mais sans y adhérer, inclus à la manière d’insectes pris dans un ambre qui leur autoriserait encore quelques battements. On songera au "Wavelength" de Snow, long zoom avant plongeant dans une photographie. Mais Lockhart, substituant le travelling au zoom, creuse un espace opaque en une mise à l’épreuve du réel comme du médium. Répétitions et variations, rythmées par une bande-son signée Becky Allen et James Benning, qui mêle musique, sons industriels et voix, c’est une ascèse d’un regard pris dans la matière de la durée à laquelle nous convie Lockhart. Semblable exercice d’observation nous rappelle l’infinie possibilité de nouer sublime et banalité, expérience esthétique et enjeux sociaux, tâche jamais épuisée, toujours à reprendre." (NF) Film muet