film-documentaire.fr | PORTAIL DU FILM DOCUMENTAIRE

img img
Un film comme les autres
A Film Like Any Other
© Anouchka film / Gaumont
1/1
COMMENT VISIONNER CE FILM ?

Tout est à sa juste mesure dans ce film. L’interminable "dialogue de classes" dans les champs autour de Flins tout comme les extraits d’images d’actualité qui ponctuent cette conversation en disent plus sur Mai 68 qu’aucun autre film de (et depuis) la période. Oui, tout semble juste : la distance à laquelle ces ouvriers et ces étudiants sont filmés, distance qui les placent tout près du flou, et cette caméra qui, lorsqu’elle se rapproche, semble refuser de se fixer sur un visage en particulier, préférant plutôt filmer comme si tous étaient les figurants d’une épopée médiévale à la Bresson, Lancelots de la lutte de classe.
Le dialogue est là, suspendu, sans visée et pourtant concentré : polyphonie ratiocinante hantée par les fantômes de l’Histoire, qui ressuscite maladroitement un espoir qui, une fois encore, ne s’accomplira pas. Acquises au mètre, à l’indignation pieuse des dévots du contenu qui les avaient tournées, les archives d’actualité établissent le lien, poignant, intime, entre les corps et les visages de 68 et ceux de 36.
Ce que j’avais compris alors, et qui restait caché à tous ceux pris au piège des paramètres de cette tradition abrutissante qui définissait le “cinéma politique”, est devenu aujourd’hui bien plus évident à tout le monde. Un film comme les autres, un film si différent de ceux produits en Mai 68, est le documentaire parfait. C’est un carbone rigoureux attestant des événements, préoccupé obstinément de la musicalité de Mai, de ses mots, de son pathos, de ses textures, des corps et des visages qui l’ont fait, et de leur manière de s’inscrire comme les ultimes rejetons d’une tradition sur le point de disparaître au moment précis où elle revendique sa volonté de survivre.
Une vulnérabilité poétique habite ce film vraiment “comme les autres”, car il reprend les gestes du début du cinéma, comme si les Frères Lumière, au lieu d’enregistrer les ouvriers sortir de leur usine, les avaient filmé dans ce moment bref et fragile où ils l’occupaient.
Histoire, quand tu nous tiens… (Jean-Pierre Gorin)

Le film comporte des images tournées par l'ARC pendant des grèves, des AG, des manifestations.

"Le groupe Dziga Vertov (fondé durant l'été 1969) a revendiqué Un film comme les autres a posteriori, tout en y voyant un échec. [...]"
(Cyril Béghin, Cahiers du cinéma N°744, mai 2018)

Everything has its just weight in this film. This endless “class dialog” in the fields around Flins, and these interjections of militant newsreel that punctuate it say more about May 68 than any film made then, and since then. Yes, everything seems right: the distance at which these workers and these students are filmed that leaves them at arm’s length and out of focus, and this camera that when it comes in closer seems incapable or unwilling to fixate itself on an identifiable face, choosing instead to film the participants as if they were extras in a medieval epic by Bresson, Lancelots of the class struggle.
The dialogue exists, suspended, aimless and yet focused, a ratiocinating polyphony haunted by the ghosts of History and rehashing awkwardly a hope that will again not come to fruition. The newsreels, bought by the foot to the pious horror of the content addicts who had shot them, establish this intimate and poignant connection between the faces and the bodies of 68 and those of 36.
What I perceived then and was masked to many trapped in the paradigms of the stultifying tradition that defined “political cinema” is now far more evident for all to see. “Un film Comme les Autres”, a film so unlike those produced in May, is the perfect documentary, a rigorous carbon dating operation, obstinately preoccupied with the musicality of 68, with its words, with its pathos, with its textures, with the bodies and faces that made it, and how they inscribe themselves as the last avatars of a tradition on its way to disappear at the very moment it claims its will to survive.
There is a poetic vulnerability to this film that is truly “like the others” because it reprises the same gestures as those that started cinema as if the Lumiere Brothers instead of filming the workers coming out of their factory had filmed them in this brief and fragile moment when they occupied it.
Histoire quand tu nous tiens... (Jean-Pierre Gorin)

Thématique
Distinctions