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Besos Frios
Baisers froids
Cold Kisses
COMMENT VISIONNER CE FILM ?
  • Distributeur(s) :

    CBA (Centre Bruxellois de l'Audiovisuel)

  • Film appartenant au catalogue national de films documentaires pour les bibliothèques publiques de la Bpi, en prêt et consultation gratuits dans les bibliothèques de ce réseau.

À la périphérie de Bogota, les voix de jeunes gens assassinés par l’armée semblent résonner encore pour leurs mères. Nicolás Rincón Gille procède ici avec le même alliage de rigueur et de sensibilité à l’œuvre dans les précédents films de son projet au long cours, Campo hablado, qu’il a défini comme "quelque chose qui se construit au moment où on le dit". Le plus souvent off, les témoignages des mères construisent en effet une présence qui relève a priori de l’impossible. Une mère se souvient par exemple que son fils aimait reconnaître des formes dans les nuages, et l’image du film prend le relais de ses paroles. La réalité colombienne récente a brusqué l’imaginaire oral traditionnel sans pour autant le faire taire : il s’adapte, invente une communication avec les "âmes bénies" de ceux dont les croix de bois, plantées sur des tombes aux restes incomplets, ne portent que les dates de décès. Les fragments de vie quotidienne des mères, ciselés dans la durée brève du film, sertissent avec force l’évocation des "baisers glacés" que les fils leur adressent au bord du sommeil. En-deçà du surnaturel, mais au-delà de la superstition, un dialogue s’ébauche, que l’écoute attentive du cinéaste prolonge avec une infinie tendresse. Le carton final, factuel dans son évocation de la violence d’État, vient amplifier vers le collectif et le politique ces délicats éclats individuels.
(Charlotte Garson)

On the outskirts of Bogota, the voices of youngsters killed by the army continue to echo for their mothers. Here, Nicolás Rincón Gille proceeds with the same blend of rigour and sensitivity that run through the previous films in his long-haul project, Campo hablado, which he described as “something built at the moment of saying it”. Most often heard as voice-overs, the mothers’ accounts do indeed build up a presence that a priori seems impossible to achieve. One mother, for example, remembers that her son loved picking out shapes in the clouds, and the filmic image prolongs her words. Recent Colombian reality has browbeaten the traditional oral imaginary without however silencing it: it adapts and invents communication with the “blessed spirits” of those whose wooden crosses, stuck into graves containing incomplete remains, bear only the dates of death. Fragments of the mothers’ everyday life, chiselled into the brevity of the film, firmly anchor the evocation of their sons’ “icy kisses”, given as they fall asleep. Not quite supernatural, but beyond superstition, the dialogue that emerges is prolonged with infinite tenderness by the director’s attentive listening. The final inter-title, with its factual reference to state violence, expands these delicate individual fragments to lend them a collective and political dimension.
(Charlotte Garson)

Distinctions