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Paris ou l'utopie perdue
© Liliane de Kermadec
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AUTEUR(S)-RÉALISATEUR(S)

Liliane de Kermadec

IMAGE

Liliane de Kermadec, Philippe Chevallier

SON

Antonin Dalmasso

MONTAGE

Anja Lücke

PRODUCTION / DIFFUSION

Liliane de Kermadec, Bel Air Media

PARTICIPATION

CNC, Procirep, Angoa-Agicoa

ORGANISME(S) DÉTENTEUR(S) ou DÉPOSITAIRE(S)

Liliane de Kermadec

ISAN : non renseigné - en savoir plus
COMMENT VISIONNER CE FILM ?

Il a 17 ans. La Bastille tombe. La Révolution le déçoit, la terreur traque ce provincial à la redingote étroite et aux idées trop larges. Il remet en question la civilisation toute entière. Fils de boutiquiers, lui-même voyageur de commerce, sans beauté et sans amour, il écrit sans cesse et sans cesse. Ses disciples se croiront obligés de le censurer pour pouvoir le vénérer. Sa statue péniblement financée et finalement érigée sur un boulevard parisien est fondue pendant l'occupation allemande et remplacée par une énorme pomme de métal si insolite que personne ne la voit. Inconnu, incompris, enseigné, oublié ou célébré au gré des modes, il meurt seul après 'une vie errante passée à courir la France, lui qui rêvait le monde.
Il avait essayé de faire tenir dans près de cent cahiers les visions qui se bousculaient dans sa tête. Pour satisfaire le désir fou de les contenir, d'y mettre de l'ordre, il compile les visions fulgurantes qui l'habitent en séries et en nombres sans renoncer à ses néologismes qui rafraichissent la langue mais éloignent les lecteurs sauf pour des trouvailles éblouissantes, dont les noms des passions amoureuses, la composite, la papillonne, l'alternante. Il appelle ceux qui nous gouvernent, les "écrevisses politiques", anticipe le réchauffement climatique et prévoit "des oranges" à Varsovie.
Il se passionne pour une éducation sans cesse repensée, invente "les petites hordes" des bandes de gamins qui n'aiment pas se laver. Ils seront chargés de la propreté. Ils iront ramasser les détritus à travers les villes accompagnés de petits orchestres et vêtus de jolis costumes qui leur épargneront toute humiliation. La vision d'une harmonie née de l'attraction universelle qui libère les passions satisfait ses rêves les plus fous. Libéré, l'amour a raison de la haine. Combien d'entre vous, là, tout de suite, devinent son nom?
André Breton lui a écrit une ode, Stendhal, son voisin à un siècle de distance, l'a aimé, Sigmund Freud l'a lu avec attention comme Marx. Il avait quelque chose en commun avec Sade, sa confiance en l'humain à l'opposé du pessimisme de Sade.
Lourd des bonheurs qu'il croyait être en mesure d'apporter à l'humanité, il fréquentait les pensions de famille et les petits restaurants de province en compagnie de journalistes qui n'entrevoyaient de lui que la surface tant le profond l'était, profond, et la surface, opaque. Porteur de ce que le journaliste américain qui l'avait déniché appelait le rêve français, doté d'une longue-vue intégrée, lucide au point d'être prophète, il venait après une longue série d'utopistes qui avaient imaginé, qui dans une île, qui dans une architecture nouvelle ou une ville merveilleuse, ou, les plus sages, nulle part, un monde sans horreurs. Vous avez trouvé ? Charles Fourier.