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Wang Bing
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© Bertrand Meunier/Tendance Floue

Né dans la province du Shaanxi en 1967, Wang Bing hérite du poste de son père dans l’administration et y travaille avant de pouvoir entrer aux Beaux Arts de Shenyang au nord de la Corée (1992). L’enseignement de l’école vient de la peinture chinoise, dont Wang Bing apprécie la rigueur : sa compréhension de l’image en est issue. Il s’oriente vers la photographie et poursuit sa formation à l’institut du cinéma de Pékin (1995). Puis, il réalise pour la télévision avant de s’atteler au projet d’A l’ouest des rails en 1999. Il choisit alors de consacrer l’ensemble de ses ressources à la réalisation de ses films.
 
Lorsque Wang Bing étudiait la photographie à Shenyang, il allait pratiquer dans le conglomérat industriel voisin. C’est là qu’après son école de cinéma, il revient filmer A l’ouest des rails (2002). Le lieu subit la fin d’une époque. Il s’autorise de l’accord des travailleurs et des habitants seuls pour les filmer avec intensité et minutie. Cette fresque, dont l’ampleur est perçue en Occident, forge une méthode dont le tournage est le moment essentiel. Une dizaine d’autres films s’attachent depuis à la rencontre d’autres lieux, d’autres personnes symptomatiques de l’envers de la croissance : L’Argent du charbon (2009), Les Trois Sœurs du Yunnan (2012), À la folie (2013), Ta’ang (2015).
 
A ces radiographies, Wang Bing ajoute une endoscopie lorsqu’il entame des recherches sur les camps de travail du régime communiste. Leur histoire est mal connue, dissimulée. Il récolte les témoignages, collecte les rares preuves matérielles. Faut-il retracer ce qui a été effacé, ou mettre en évidence son effacement ? Le Fossé prend le pari d’une forme de reconstitution radicale (2011), d’une fiction dont Wang Bing se sentira piégé. Mais de l’expérience viennent deux autres films, l’un et l’autre empreints de sa phénoménologie du tournage. Fengming, chronique d’une femme chinoise (2007) concentre en un récit ininterrompu l’histoire des camps. L’Homme sans nom (2010) vit dans une grotte, et sans un mot ramène à ce que signifie la survie. Cette recherche témoigne d’une amplification de sa démarche : à partir de la capacité de l’image à capturer ce qui est en train de disparaître, Wang Bing explore la possibilité de créer des images qui restituent ce qui a disparu.
 
De nombreux écrits permettent de découvrir l’œuvre de Wang Bing, et en particulier la parole du cinéaste sur son travail. En 2014, le livre d’entretien Alors, la Chine réalisé avec le cinéaste par Emmanuel Burdeau et Eugenio Renzi permet de comprendre les difficultés qui ont présidé à chaque tournage. Caroline Renard, Isabelle Anselme et François Amy de la Bretèque croisent eux les entretiens menés avec le cinéaste avec le contexte de la société chinoise du XXIème siècle d’une part, et avec l’analyse cinématographique d’autre part. Wang Bing partage les détails de sa vie avec la même précision qu’il emploie à décrire le processus de ses films. Simple et concrète, sa parole est précieuse.


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